Introduction
GESTION PARTICIPATIVE ET VALORISATION DES RESSOURCES EN COQUILLAGES PAR LES FEMMES DU DELTA DU SALOUM
Coordination nationale  (ENDA / FIBA): Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.







DESCRIPTION DU PROJET
Le projet « Femmes et Coquillages » a été conçu lors de deux missions d’identification réalisées conjointement par la FIBA, l’UICN et le Secrétariat du PRCM, en octobre 2002, puis en février 2004. Ces missions ont permis d’établir une concertation avec les acteurs potentiels sur le terrain, de négocier les partenariats correspondants aux attentes réciproques et de dégager, ensemble, les principes, les priorités et la nature des activités à développer, durant une période de 5 ans,

CONTEXTE ET JUSTIFICATION
Depuis les temps protohistoriques les coquillages occupent une place vitale dans l’économie des communautés côtières ouest-africaines. Nombreux sont les amas coquilliers qui jalonnent le littoral, formant des monticules dénommés Kj?kkenm?dding (littéralement « restes de cuisine ») par les archéologues, et qui témoignent encore aujourd’hui de cette importance.
Utilisés autrefois comme des nécropoles où étaient enterrés les personnages vénérables, ils sont toujours considérés comme des lieux sacrés par les habitants du Saloum. Certains de ces amas coquilliers ont été utilisés par les premiers occupants du delta pour y installer leurs campements, et des villages comme Fadiouth ou Falia reposent encore de nos jours sur un socle de coquillages, s’étendant par poldérisation progressive au fur et à mesure de leur consommation par les habitants. Cela explique l’importance culturelle accordée aux coquillages, longtemps utilisés comme monnaie d’échange dans la région (les cauris), comme instruments pour prédire l’avenir, décorer les maisons ou réaliser des bijoux exaltant la symbolique de la féminité. Chez certaines communautés, telles que les Bijagos en Guinée Bissau, différentes espèces jouent un rôle particulier dans les cérémonies d’initiation.


Aujourd’hui, les coquillages continuent à occuper une place centrale dans l’économie du Saloum. Il s’agît en particulier des arches ou pagnes Anadara senilis, des huîtres de palétuvier Crassostrea gasar, des mélongènes Pugilina morio, des volutes Cymbium sp. et des murex Murex sp. Ces différentes espèces représentent en effet la principale source de revenus des femmes et une composante principale de la sécurité alimentaire des habitants de la région. Outre leur fonction alimentaire, ils font l’objet d’usages secondaires et notamment les coquilles utilisés pour la construction des maisons, les revêtements des sols, la production de chaux, ou encore d’artisanat pour le tourisme.


L’économie du coquillage dans la région repose sur les femmes. Ce sont elles qui se rendent sur les vasières ou dans les mangroves à marée basse, qui collectent les coquillages à la main ou à l’aide de machettes, qui les transportent de retour au village, qui ramassent et transportent le bois pour les faire bouillir, les ouvrent et les font sécher. Ce lien étroit entre les femmes et les coquillages fait que ce sont elles qui sont les « dépositaires » du territoire intertidal limitrophe des villages, du « terroir côtier », mettant ainsi en lumière la prépondérance de leur rôle dans la gestion de l’espace littoral et de ses ressources.


Une conjonction de facteurs est venue récemment mettre en question l’équilibre ancestral de cette activité. Les crises climatiques ont eu un impact direct sur l’environnement. Le déficit pluviométrique a provoqué une augmentation de la salinité des eaux du delta avec la formation de « bouchons salés » en amont des bras de mer, induisant une dégradation de l’écosystème et en particulier de la mangrove. Associée à l’impact croissant de la mondialisation sur des systèmes agricoles déstabilisés et des économies fragiles, l’évolution du climat s’est traduite par une forte migration des populations depuis l’intérieur des terres vers le littoral. L’exploitation des ressources naturelles s’est développée de manière considérable non seulement en raison de cette pression démographique nouvelle mais en raison du passage rapide d’une économie de subsistance à une économie de marché. Cette évolution a entraîné une diminution généralisée de toutes les espèces de coquillages, en termes d’abondance et de taille individuelle, risquant ainsi de compromettre à terme leur contribution économique et alimentaire au bénéfice des communautés du Saloum.


L’essentiel des coquillages collectés par les femmes est aujourd’hui destiné à la vente en direction des villes. Leur valeur sur le marché peut être considérée comme dérisoire si on la compare à d’autres pays (le prix de vente sur place est d’environ 1 Euro pour 600 arches séchées et de 5 Euros pour 500 huîtres séchées), mais surtout si on met cette valeur en regard du travail que les femmes doivent fournir tout au long du processus de production. Pour maintenir un niveau de rendement, la pression sur les coquillages tend à s’accentuer. Par exemple, la collecte des huîtres s’effectue plus souvent en coupant directement les racines aériennes de palétuviers, lesquels sont aussi plus sollicités pour leur bois nécessaire à la cuisson des coquillages. En raison de la synergie négative des différents facteurs, le système d’une économie monétarisée basé sur l’exploitation de ressources renouvelables atteint ici ses limites. Dans le cadre qui nous occupe, ce système a pu se perpétuer jusqu’à nos jours en faisant peser une charge excessive à la fois au niveau du travail des femmes et sur l’environnement naturel.


C’est dans cette conjoncture que des mesures ont été prises par l’Etat sénégalais et ses partenaires afin de contrôler l’évolution de la situation. Le Parc National du Delta du Saloum (73 000 ha) a ainsi été créé en 1976, la Réserve de biosphère du Delta du Saloum (450 000 ha) en 1981, et l’ensemble constitue une Zone humide d’importance internationale dans le cadre de la Convention de Ramsar. Un Plan de Gestion de la RBDS a été élaboré à partir de 1989 par le Ministère de l’Environnement et de la Protection de la Nature, sous la coordination de l’ UICN, et adopté par les autorités en 1999. Dans le cadre des activités de conservation préconisées par le Plan de Gestion figure la protection des tortues marines. Un partenariat a réuni dans ce sens l’UICN, la FIBA, la radio locale ”La Côtière” et les femmes du Saloum commerçantes de viande de tortue. Suite au succès de cette opération, il a été décidé de développer cette initiative en abordant de manière plus globale la gestion des ressources côtières du Saloum, et en particulier celles qui font l’objet d’exploitation par les femmes, tout en élargissant le partenariat aux administration locales et centrales compétentes parmi lesquelles la Direction de la Pêche Continentale et de l’Aquaculture - DPCA et le Centre de Recherches Océanographique de Dakar-Thiaroye – CRODT.


Les activités identifiées dans le cadre de ce projet concernent 4 villages du Saloum au sein desquels l’exploitation des coquillages occupe une place centrale : Fadiouth, avec environ 3000 habitants, Niodior (6247 habitants), Dionewar (4456 habitants) et Falia (571 habitants), ces trois derniers constituant la Communauté Rurale de Niodior (source : Communauté Rurale de Niodior, recensement 2003). Le projet, intitulé « Femmes et Coquillages », mettra en œuvre des activités et des mécanismes visant à rétablir un équilibre entre les communautés insulaires du Saloum et les ressources de la zone côtière par l’intégration des connaissances, de la gestion, la valorisation des produits, la diversification des activités, le renforcement organisationnel et l’animation socioculturelle. Les 4 villages seront considérés comme des zones expérimentales dans la recherche de solutions durables vis-à-vis des sociétés dont l’économie et la sécurité alimentaire dépendent directement des ressources naturelles.


Les résultats obtenus par ces villages, situés en première ligne par rapport à la problématique de la durabilité des ressources, auront l’ambition de montrer la voie aux communautés littorales de la région qui auront à affronter ultérieurement des situations semblables et pourront ainsi tirer profit des enseignements dégagés dans le cadre de ce projet. Le choix des sites (4 villages regroupés) des acteurs (les femmes et jeunes filles, relativement organisées et vivant dans les villages) et des ressources (les coquillages, « sédentaires » et visibles) permettra d’aborder le spectre des questions essentielles liées à la gestion des ressources halieutiques dans des conditions plus faciles que s’il s’agissait de pêcheurs (migrants pour la plupart, et travaillant au large), capturant des poissons (mobiles et non visibles). L’identification des mécanismes et solutions aboutira ainsi à des résultats plus approfondis en matière de leçons apprises par rapport à la problématique générale de gestion participative des ressources côtières et de développement durable.


C’est pour cette même raison qu’un effort particulier sera consacré à la capitalisation et la diffusion des résultats ainsi qu’à l’influence sur les politiques du secteur. Ce travail sera réalisé au niveau du delta du Saloum en s’appuyant localement sur des partenaires tels que la radio locale ”La Côtière” et la "Maison des Coquillages” de Joal-Fadiouth créée dans le cadre du partenariat UICN-FIBA. La présence de l’UICN au Sénégal permettra de diffuser plus largement les enseignements du projet au niveau national et d’effectuer un travail de plaidoyer auprès des Institutions et administrations concernées. La réalisation de ce projet dans le cadre du PRCM permet enfin d’envisager une capitalisation élargie aux 7 pays de la Commission Sous-Régionale des Pêches – CSRP, Institution par ailleurs partenaire du PRCM. Plusieurs activités entrant dans le cadre du PRCM auront à développer des échanges avec le projet « Femmes et Coquillages » qui sera en mesure à son tour de contribuer à la constitution d’un réseau régional des usagers des Aires Marines Protégées ouest-africaines. La position géographique du delta du Saloum, à cheval sur le Sénégal et la Gambie, et la volonté des autorités des deux Etats d’y créer un Parc transfrontalier s’inscrivent favorablement dans la perspective d’une meilleure diffusion et application des enseignements de ce projet, au bénéfice des communautés du littoral des deux pays.


OBJECTIFS SPECIFIQUES
Pour chacun des objectifs les principaux résultats attendus à l’issue du projet sont les suivants :


Objectifs 1 : Tester et mettre en place des modes d’exploitation qui influent positivement sur la durabilité des ressources en termes d’abondance et de diversité ;
-Des études biologiques, écologiques et socio-économiques destinées à mettre en place des modes de gestion durable des coquillages sont réalisées ;
-Des modes de gestion participatifs et durables des ressources en coquillages sont adoptés par les usagers des communautés concernées ;
-Des méthodes de suivi participatif sont mises au point et adoptées par les usagers;
-Les règles de gestion adoptées par les communautés sont validées par les autorités compétentes.


Objectif 2 : Améliorer la contribution économique de l’exploitation des coquillages au bénéfice des femmes.
-Des techniques plus performantes de conservation et de transformation des ressources naturelles, des coquillages en particulier, sont adoptées et maîtrisées par les femmes des groupements concernés ;
-Des circuits de commercialisation assurant une meilleure valorisation des produits ciblés sont identifiés et investis par les femmes des villages concernés ;
-La capacité de négociation et d’influence des groupements de femmes visés, en ce qui concerne les cours du marché des principales ressources en coquillages ciblées, est améliorée.


Objectif 3 : Contribuer à la réduction des pressions sur l’environnement côtier tout en allégeant la charge de travail des femmes.
-Les ressources en coquillages, les arches (pagnes) et mélongènes (touffa) en particulier, sont plus abondantes ;
-Les sources d’énergie ligneuse sont économisées ;
-Les activités à caractère économique à faible impact sur l’environnement sont diversifiées ;
-Les sources de revenu des femmes impliquées sont diversifiés et augmentés ;
-La charge de travail des femmes concernées est allégée ;
-Le cadre de vie des femmes ciblées est amélioré ;
-Les jeunes filles ont pris des initiatives à caractère économique et socioculturel dans les 4 villages.


Objectif 4 : Influer sur les politiques de gestion durable des ressources de la zone côtière, en particulier des coquillages, au niveau de la Réserve de Biosphère du Delta du Saloum et de la sous-région.
-Des mesures de politiques favorisant la gestion durable des ressources en coquillage au Saloum sont adoptées et mises en œuvre ;
-Les femmes du Saloum sont impliquées dans le plaidoyer pour la valorisation des produits issus de l’exploitation durable des coquillages ;
-Les résultats de ce projet sur les modes de gestion, de transformation et de commercialisation des coquillages sont systématisés, capitalisés et diffusés dans la RBDS et la sous région ;
-L’organisation et la dynamique des femmes des villages impliqués font tâche d’huile et ont un impact au niveau de la RBDS ;
-Les Aires Marines Protégées de la sous-région ont adopté des mesures de gestion concertées et harmonisées des ressources côtières, en particulier des coquillages.


AXES D’INTERVENTIONS ET ACTIVITES
1) Recherche-action
2) Gestion et conservation des ressources en coquillages
3) Appui au développement
a) Amélioration des conditions d’exploitation
b) Valorisation et commercialisation des produits
c) Diversification des activités économiques
d) Amélioration du cadre de vie
i) Gestion des déchets et assainissement
ii) Solutions alternatives en énergie
4) Renforcement organisationnel
a) Appui à l’organisation et gestion
b) Négociation et revendication
5) Formation et échanges
6) Animation socio-culturelle
7) Plaidoyer et influence des politiques
8) Communication, capitalisation et diffusion
9) Diversification des partenariats
10) Suivi/évaluation